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déc
09

Vénus Khoury-Ghata lauréate du Prix Goncourt de la poésie 2011

Distinction Mots vagabonds et senteurs du langage. À 74 ans, Vénus Khoury-Ghata, qui a noué depuis longtemps une longue et fiévreuse passion avec la poésie, n’en a pas fini d’accumuler les prix pour ses fervents services auprès des dieux du Parnasse. La voilà nantie aujourd’hui d’une nouvelle consécration avec le Prix Goncourt de la poésie 2011 qui vient de lui être décerné.

Du Prix Guillaume Apollinaire au Grand prix Guillevic de poésie de Saint-Malo, en passant par le Prix Mallarmé, Jules Supervielle et le Grand prix de poésie de l’Académie française, les distinctions n’ont pas manqué d’aller au-devant de la plume et de l’inspiration d’une femme de lettres d’origine libanaise et, de surcroît, née à Bécharré, village de Gibran Khalil Gibran, où le vent du lyrisme souffle fort et a des grincements d’aquilon en liberté.

Une vingtaine de recueils poétiques et autant de romans, sans oublier un opus dramaturgique, mais tout cela reste sans conteste de la poésie pour l’auteure de Qui parle au nom du jasmin.

Car Vénus Khoury-Ghata, grande nomade entre les mots, de la fiction à la méditation, demeure constamment en terre de poésie. Sa terre d’élection et de prédilection. Une poésie à l’encre teintée d’un verbe baroque, flamboyant, surréaliste.

Seules les images, les sonorités et les associations verbales ont emprise sur sa phrase à la musicalité à la fois douce et sourde, caressante et drue, intense et ironique. Une poésie entre deux rives (Orient-Occident), entre deux langages (l’arabe et le français). Une poésie qui parle de la vie à travers la mort. Car le traumatisme de la guerre a été marquant pour un être à la sensibilité vive, même si la romancière a fini par s’installer définitivement à Paris en 1972.

On ne laisse pas impunément derrière soi un pays éclaté, une famille et des amis. Le passé est toujours un maillon du présent et du futur. C’est cette expérience douloureuse que traduisent les mots et les vocables faussement délirants de Vénus Khoury-Ghata qui, par-delà la propension à un tragique intense dans la narration, a aussi le sens de l’humour et de la distanciation.

De ses premiers écrits, engagés dans la cause arabe, jusqu’à ses dernières considérations sur les êtres, la vie, l’amour, le quotidien, l’exil, les nuages qui passent, le monde qui change – monde qu’elle écoute et scrute avec une quasi-voracité –, le verbe reste sa harpe préférée. Une harpe dont elle en pince d’ailleurs, sans délicatesse aucune, en toute fantaisie et délectation, les cordes.

Entre paysages brouillés Au Sud du silence et clameurs Des Ombres et leurs cris, entre Vacarme pour une lune morte ou Une maison au bord des larmes, entre Terres stagnantes et Visages inachevés, la prose et la poésie, source commune et rivières entremêlées, sont libres. Elles jettent aux orties, en un élégant artifice stylistique, rigueurs métriques et servitudes des rimes. Elles donnent à l’imaginaire, à la fantaisie et à la fabulation toutes les rênes du pouvoir. Un pouvoir non sans charme.

Ici, sous cette plume à l’encre vagabonde, griffue car en quête de paix, fleurissent roses et romarins, bégonias et basilic, menthe et myrthe, persil et passiflore. Ici se rejoignent morts et vivants, absents et présents, sens du ludique et témoignage faussement frivole.

Comme Colette qui aimait s’entourer de ses chats et de ses confitures tout autant que de ses cahiers d’écriture aux pages par la suite ingénieusement noircies, Vénus Khoury-Ghata reste aujourd’hui avec ses félins, sa cuisine, son jardinage et ses pages à remplir. Car son histoire avec la poésie, comme toute véritable histoire ou conte d’amour, est loin d’être terminée.

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