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Vente aux enchères : Artistes pour le Liban : Jeudi 13 décembre 2007 à 20H00
Romans de toujours/ EditionsADONIS BD et CD
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Une centaine de recettes revisitées par Karim Haïdar et Andrée Maalouf
La Princesse des Batignolles
La circulation du sang
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Evènement de la rentrée : CRYPTOBIOSE
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Le Liban, «pays à l’honneur» au festival Paris-Cinéma en Juillet 2007
Le Festival du film indépendant à Lille : zoom sur le Liban
Concert au MusicHall de Beyrouth
 
Portrait et entretien avec la réalisatrice Danielle Arbid

 

Arbid.jpg

 

Née en 1970 à Beyrouth, Danielle Arbid passe ses premiers dix huit ans au Liban, qu'elle quitte quelques mois avant la fin de la guerre civile pour effectuer des études de lettres et de journalisme à Paris puis à Bruxelles. Elle travaille dans la presse écrite pendant six ans (pour Courrier International, le Magazine littéraire, Les Échos, Libération,...)


couvrant notamment l'actualité du Monde arabe. En 1998, elle réalise grâce au Groupe de recherches et d'essais cinématographique son premier court-métrage de fiction "Raddem (Démolition)" sur une femme qui cherche la photo de sa maison dans Beyrouth ravagé. Et elle prend goût au cinéma. Le film est sélectionné dans une trentaine de festivals dont Rotterdam, Clermont-Ferrand et Montpellier. En 1999, Danielle Arbid réitère avec un autre court-métrage "Le passeur", son premier film en français, qui suit les pérégrinations d'un kurde réfugié politique. Ce court-métrage obtient le prix du Jeune jury européen au festival d'Angers et celui de la meilleure interprétation au festival de Mons, Belgique. Depuis, il est sélectionné dans une vingtaine de festivals.  

 

Entre-temps, Danielle Arbid écrit et réalise un documentaire dans le cadre d'une soirée thématique, qu'elle propose à Arte, intitulée "Après la guerre". Son film, tourné à Beyrouth, s’intitule "Seule avec la guerre". Il obtient le « Léopard d’argent » de la compétition vidéo au festival de Locarno 2000, une « mention spéciale du Jury » au festival de Dei Popoli 2000 et le « Preis der ökumenischen Jury » à Leipzig 2000, Prix du meilleure Première Œuvre à Toronto au Festifal HotDocs et le Prix Albert Londres audiovisuel 2001, ainsi qu’un excellent accueil critique. Il est montré aux Etats généraux du documentaire de Lussas, aux festivals de Vienne, de Bruxelles, de Montpellier, de Seine Saint-Denis, de Pessac, de Belfort, de Namur et à Doc’s Kingdom (Portugal).

 En 2002, elle termine un moyen-métrage, "Étrangère", et achève son second documentaire, "Aux Frontières", un road-movie autour d’Israël, un film qui contourne le point le plus chaud de la planète pour voir comment l’on vit à côté. Les deux films sont sélectionnés au Festival du Film de Locarno.  

L’année prochaine, Danielle devrait entamer à Beyrouth le tournage de son premier long-métrage, "Dans les champs de bataille". Ce film a déjà reçu le soutien du Centre du Cinéma de la Communauté française de Belgique et du CNC en France, il sera produit par Versus Production et Quo Vadis Cinéma.

 Filmographie

1998 : Raddem (CM, fiction,17')
1999 : Le passeur (CM, fiction, 13')
2000: 
Seule avec la guerre (docum.)
2002 : Étrangère (MM, fiction, 45’)
2002 :
Frontières (Docum)
2004 : Dans les champs de bataille (LM)

 

 

                                                        Entretiens Un Homme perdu    

         
 

Danielle Arbid

Née le 26 Avril 1970
 à Beyrouth, Liban

Un Homme perdu
Comment êtes-vous passée de votre premier long-métrage, Dans les champs de bataille, qui tourne autour de l’adolescence, à celui-ci, Un Homme perdu, qui n’a apparemment rien à voir avec le précédent ?
C’était une évidence. Quand j’ai commencé à écrire les premières lignes d’Un homme perdu, j’ai ressenti la solitude de la petite fille de Dans les champs de bataille, sa parenté évidente avec Fouad Saleh, l’homme en fuite de mon nouveau film. Il s’agit de deux personnages qui cherchent une place dans le monde mais gardent au fond d’eux une révolte brute, non négociable.
Ce film trouve son origine dans mon rapport particulier à mon pays, le Liban. Je vis en France depuis des années et avec le temps, j’ai l’impression de perdre de vue ce pays d’où je viens, comme un bateau qui disparaît à l’horizon. Comme si ma vie n’était ni tout à fait là-bas, ni tout à fait ici. C’est la raison pour laquelle je voulais raconter l’histoire de deux hommes, et non d’un seul. Deux hommes qui finissent par être le recto et le verso du même. Un Arabe et un Occidental qui se perdent, disparaissent, réapparaissent… Et qui finalement oublient d’où ils viennent. Mais si l’image de l’Arabe s’est vite imposée, le personnage de l’Occidental, était plus difficile à trouver. Je suis allée le chercher en m’inspirant des livres de William Vollmann et des photos d’Antoine d’Agata…

Justement pourquoi ces choix-là ? Et comment avez-vous lié Antoine D’Agata à votre projet ?
Au départ, je voulais que mon personnage principal soit Américain car un Américain risque plus facilement sa peau en Orient. Et je rêvais d’un homme fou flirtant sans cesse avec le risque ; celui de traverser ces pays soi-disant ennemis, de rencontrer ces femmes la nuit, de venir du bout du monde pour expérimenter des limites insensées. Ce qui m’intéressait c’était sa liberté, sa violence... Je pensais beaucoup à la démarche de Vollmann, qui est américain. Je lui ai écrit et je l’ai rencontré à Paris. Mais il me semblait trop secret. Puis au fur et à mesure de l’avancement du scénario, Vollmann devenait inaccessible, loin, dans son monde. Je pensais du coup à Jean Genet, je lisais les écrivains voyageurs du siècle dernier. Puis, je me suis aperçue que je me mentais, que cet écrivain que je recherchais n’existait pas vraiment… J’en ai parlé à mon producteur, Marin Karmitz, avec lequel j’entretiens une relation de grande confiance. Nous avons décidé qu’il fallait transformer le personnage principal. Il m’a proposé de rencontrer Antoine d’Agata à qui je pensais aussi. Et il correspondait exactement à la personne à qui je pensais. Je cherchais en effet un modèle plus proche et je l’ai trouvé. Avec Antoine, on se voyait quand il était de passage à Paris. On parlait pendant des heures. Je lui posais des questions sur sa vie, la photo, les filles qu’il rencontrait au bout du monde. Il me répondait clairement, généreusement. Il n’a pas participé à l’écriture du scénario. Il parlait seulement, et moi j’écoutais. Pourtant Un homme perdu n’est pas un film sur sa vie. Thomas Koré n’est pas Antoine d’Agata, mais une même violence l’habite, celle que je fantasmais, que je voulais toucher de si près. Je ne sais pas pourquoi je suis hantée par ces gens qui larguent tout, se perdent dans le monde et s’oublient, mais c’est chez moi comme une obsession, un rêve. Et Antoine l’a tout de suite compris. On parlait le même langage.

Était-il difficile pour vous, en tant que femme, d’avoir un point de vue sur cette histoire d’hommes ?
Je sais que je leur ressemble et cela me suffit pour raconter leur histoire. Je ne saurais peut-être pas raconter les états d’âme d’un médecin ou d’un homme politique. Mais sur le versant de la perdition, je ne me suis pas posé une seule fois la question de la différence entre eux et moi. Déjà, sur Dans les champs de bataille, je communiquais très peu avec l’héroïne principale, une petite fille de dix ans. Elle était repliée sur elle-même et c’est pour cela que je l’ai choisie. Cependant, une confiance aveugle nous liait. Là, en l’occurrence je ne me suis pas demandé comment me projeter dans la tête de ces deux hommes. Je les ai tout de suite adoptés, aimés. Je travaille ainsi de manière instinctive, je saisis ce que m’offrent le temps présent et le cinéma. Comme un jeu.

Pensez-vous que la relation entre ces deux hommes raconte quelque chose du rapport Orient-Occident ?
Oui et pourtant aucun des deux hommes ne représente sa société respective. Ce sont plutôt des brebis galeuses, des écorchés vifs, des losers romantiques... Leur démarche est similaire, très romantique en somme. Ils rêvent d’une vie idéale, libre, sans compromis et payent le prix fort pour l’avoir. Je pense qu’ils constituent une espèce à part. J’ai d’ailleurs situé délibérément l’action du film là où les hommes peuvent se rencontrer ; dans les taxis, les bars, les hôtels, sur les petites routes… Ces décors expriment avant tout le lien humain qui les unit. Un pays en soi.

Il y a un rapport d’attirance-répulsion réciproque entre ces deux hommes, même si l’un est plus muet que l’autre…
Fouad ne parle pas beaucoup. C’est difficile de faire dire quelque chose à un personnage qui a fui sa vie car il est forcément dans le reniement, le silence. Au Liban, des milliers de gens ont disparu pendant la guerre de 1975 à 1990. Parmi eux, il pouvait aussi y avoir une personne qui est sortie de sa maison un beau jour sans se retourner. En tout cas c’est ce que je me suis raconté. Cette personne aurait profité du chaos général pour fuir sa famille, son pays. Mon homme perdu est peut-être le plus faible de tous. Mais il a raison. Et il ne peut pas raconter cela, car il le porte en lui. Le fait même qu’il reste accroché à cet Occidental représente une preuve qu’il veut enfin être apprivoisé, fatigué probablement de vadrouiller… De son côté, l’Occidental se laisse aller à cette rencontre, comme si l’autre le remplissait de son humanité à fleur de peau.

Vous avez dessiné très précisément le cadre géographique du film entre la Syrie, la Jordanie, le Liban. Pourquoi ?
Étant donné que le Liban est un petit pays, le personnage ne pouvait pas s’y perdre, cela n’avait pas de sens. Il pouvait partir en Occident… Mais, un homme ne part pas généralement en Occident pour errer mais pour y construire une vie et c’est une autre histoire. Il fallait donc que je trouve d’autres pays où il puisse se fondre dans la masse sans être inquiété.
Lors de mes voyages antérieurs en Syrie et en Jordanie, j’ai vu des centaines et des centaines d’hommes marcher et rarement des femmes. Ces hommes se déplacent tous les jours, habillés de la même manière, avec la même veste en cuir élimée, le même pantalon ample... hors du temps. À les observer, je me suis dit qu’il devait y avoir des individualités fortes, des histoires fascinantes… Ce n’est pas possible qu’ils soient tous à ce point annihilés. Je me demandais vraiment où allaient ces hommes, à quoi ils pensaient. Et c’est là qu’est venue l’idée que Fouad voyage dans ces pays et que Thomas y vient lui aussi pour se confronter à ce monde fermé, à l’opposé de tout exotisme.

Ce territoire géographique avec ses interdits, ses transgressions structure aussi le récit… Comment avez-vous abordé les scènes de sexe ?
J’avais envie de filmer des corps qui s’aiment, sans jugement, ni exotisme et d’inscrire ces relations dans le monde arabe… Faire un film charnel où la pulsion sexuelle prend toute sa place. Car mes deux héros sont obsédés, chacun à leur manière, par un semblable manque d’amour. Ils s’abandonnent dans les bras de femmes qui leur ressemblent. Chaque scène véhicule un sentiment singulier même si toutes ont en commun un côté accidenté, une consommation avide du sexe… car finalement se sont des rencontres passionnées, furtives.
Dans ces scènes-là, le personnage de Melvil Poupaud est souvent voyeur et acteur. C’est quelqu’un qui transgresse sans cesse la frontière entre les deux postures. L’appareil photo est la continuité de sa main. Il cherche des moments de jouissance, d’intensité, mais il ne peut pas rester fidèle à un seul. Il doit recommencer. Cet éternel recommencement est la trame principale du film comme une faille impossible à combler…

Avez-vous pensé à l’éventuelle connotation homosexuelle du rapport qui unit ces deux hommes ?
J’ai pensé à une amitié particulière de deux écorchés vifs qui se nourrissent l’un de l’autre, comme des vampires... Cela ne pouvait pas dépasser, disons, ce constat intellectuel. On pourrait y voir une connotation homosexuelle, mais je n’ai jamais voulu la mettre en avant. Du coup, le choix des deux acteurs devenait capital, en l’occurrence celui du Français.

Justement comment s’est opéré le choix de Melvil Poupaud ? On aurait pu imaginer un acteur légèrement plus âgé…
Environ quatre mois avant le tournage, Melvil Poupaud a lu par hasard le scénario et il a voulu le rôle. A cette époque, je pensais pourtant que ce n’était pas pour lui. En réalité, j’avais choisi un autre acteur qui me semblait plus proche de l’âge du personnage que j’imaginais, plus mûr. Mais, trois semaines avant le tournage, j’ai renoncé à le prendre… En fait Melvil n’a jamais été très loin dans ma pensée. Quand on a commencé à travailler, il a tout lâché, s’est vite imposé. Il était comme une page blanche sur laquelle toutes les émotions pouvaient s’écrire. Ce que je cherchais en lui ne ressemblait à rien de ce qu’il avait déjà fait. J’ai voulu le réinventer. Et je l’ai vu, au jour le jour, se transformer mentalement et physiquement. Il m’a impressionné.

Et Alexander Siddig qui incarne l’autre personnage ?
Je l’ai vu dans Syriana et j’ai tout de suite eu envie que ce soit lui, comme une évidence. Alexander est très précis, très réfléchi. Il pouvait donner sa vision des choses, tout en discutant la mienne. Le rôle que je lui proposais était pourtant à risque ; mutique, entêté. Mais, je ne me lassais pas de le regarder jouer. Son visage véhiculait une nouvelle émotion, une nuance différente à chaque scène. J’ai eu beaucoup de chance. Mes deux acteurs, chacun à sa façon, m’ont beaucoup appris.

Entretien avec Danielle Arbid
Extrait tiré du dossier de presse

 





 
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